Conseils pour prévenir l'incontinence urinaire des seniors

Incontinence urinaire sénile : est-ce inéluctable ?

Oui, à plus ou moins longue échéance, en fonction des événements de vie qui affectent les organes génito-urinaires. L’incontinence sénile est liée à l’affaiblissement des muscles du périnée qui contrôlent les sphincters, en particulier urinaires. C’est une incontinence urinaire d’effort : elle survient à l’occasion d’un effort musculaire, d’un rire, d’une toux ou d’un éternuement qui provoquent une hyperpression abdominale brutale qui « surprend » le périnée vieillissant. Celui-ci n’a pas le temps de réagir, il est moins réactif et puissant. L’incontinence d’effort est donc presque toujours présente chez le sujet très âgé ou en fin de vie. Les femmes sont les plus touchées (une femme pour dix hommes et près d’une femme sur deux après 50 ans) en raison de leur anatomie qui nuit à la solidité du périnée. Mais les hommes sont aussi atteints : à cause des pathologies de la prostate en particulier, qui perturbent le bon fonctionnement urinaire.

Comment lutter contre le relâchement du périnée ?

La lutte est possible mais elle commence jeune. Des mesures préventives sont à prendre dès les grossesses chez la femme, surtout si elles sont multiples ou compliquées. Cela implique une rééducation urogénitale après chaque accouchement. La rééducation périnéale reste une très bonne mesure à tout âge tant que la personne comprend ce qu’on lui demande. Elle se pratique chez soi tout(e) seul(e) après avoir appris le mode d’emploi chez le kinésithérapeute spécialisé. Une surveillance urogynécologique régulière est aussi nécessaire pour dépister les facteurs de risque comme les infections, les constipations opiniâtres, les traumatismes locaux : attention aux sports, ils ne sont pas tous bons pour le périnée (haltérophilie, effort à thorax fermé, trampoline). L’enjeu est d’éviter au maximum l’hyperpression abdominale qui « attaque » le périnée. Maigrir réduit la pression liée à la graisse abdominale. Éviter le port de charges lourdes, la constipation ou la toux chronique, les vomissements répétés. Déconseillées aussi les ceintures et gaines serrées. Les conseils urinaires de l’urologue sont aussi bons. Ne pas se retenir d’uriner trop longtemps, uriner décontracté sans pousser, c’est-à-dire respecter sa vessie à tous les âges. Attention à la consommation de café, thé, agrumes ou alcool, qui augmentent la production rapide d’urines, obligeant à trouver rapidement des toilettes pour ne pas traumatiser sa vessie par une rétentionsocialement nécessaire. On peut ajouter que l’agencement agréable et confortable des toilettes permet un bon respect de l’hygiène vésicale.

Pourquoi consulter le médecin ?

Parce qu’il peut vous aider. L’incontinence est un fléau commun, ça ne le rend pas plus agréable mais justifie de briser le silence. Plus tôt ce trouble est pris en charge, mieux il est soigné car il y a beaucoup de causes curables que négligent les personnes « honteuses », à leurs dépens ! Un bilan génito-urinaire diagnostique les infections urinaires (à bas bruit souvent chez les âgés), les maladies de la prostate, les vessies instables ou hypertoniques. En remplissant un calendrier mictionnel (fréquence des pertes urinaires) pour prendre la mesure du problème, le médecin peut découvrir des moyens d’améliorer substantiellement la qualité de vie. Des médicaments particuliers (certains diurétiques, neuroleptiques) ont un retentissement urinaire, or ils sont souvent prescrits chez la personne âgée. La correction du problème est alors bien plus facile qu’on croit.

Quand la situation s’aggrave, que faire ?

Un nouveau bilan s’impose pour mesurer les avantages et bénéfices des solutions locales contre les fuites intempestives. Chez les femmes, la pose chirurgicale de bandelettes sous l’urètre pour le soutenir et le fermer (contre l’incontinence d’effort) est très efficace, à condition de s’adresser à un chirurgien expérimenté. Le risque est de serrer trop fort la bandelette : la patiente se retrouve en rétention d’urine (très douloureuse). Si une descente d’organes (prolapsus urogénital) est en cause, la réparation chirurgicale doit être bien préparée pour donner le maximum de réussite ; chez les femmes, les incontinences urinaires et anales sont fréquemment intriquées puisqu’elles sont commandées par l’état du périnée. Le chirurgien urologue peut aussi proposer des sphincters artificiels aux patients motivés et lucides. D’autres techniques de pointe sont en chantier, c’est l’expert qui pourra les évoquer. Si l’on craint les interventions chirurgicales ou que le patient est très âgé, les protections, voire les couches, sont une solution facile : elles sont à changer fréquemment pour éviter la macération et les infections locales. Ce qui a un coût à la longue, préférable toutefois à une sonde urinaire.